Comment une start-up en difficulté a donné naissance à une mission pour reconstruire l’écosystème entrepreneurial syrien
27 juin 2026. L’histoire d’Ahmad Sufian Bayram réunit tous les ingrédients d’une histoire de résilience, d’innovation et d’engagement méditerranéens : patrie, start-ups et écosystèmes. Cet entrepreneur syrien a fait ses premiers pas dans l’entrepreneuriat à l’âge de 19 ans, avec une petite entreprise de cadeaux personnalisés. Deux ans plus tard, en 2012, la guerre syrienne l’a contraint à quitter le pays, mettant fin à son projet. De cet échec professionnel est née une quête presque personnelle : comprendre comment les écosystèmes entrepreneuriaux façonnent les start-ups et mettre ces enseignements au service de son pays d’origine.
Depuis plus de dix ans, il œuvre en faveur des entrepreneurs syriens, tant dans le pays qu’au sein de la diaspora, à travers plusieurs initiatives et postes de direction, notamment au sein de l’organisation syro-britannique Jusoor, de la société américaine Techstars et de Blackbox, qui soutient les fondateurs émergents et l’entrepreneuriat mené par des réfugiés. Bien avant les événements de décembre 2024, il avait également lancé sa propre initiative, Startup Syria, afin de recueillir des données sur les start-ups syriennes et les défis auxquels elles sont confrontées.
Aujourd’hui, en tant que conseiller spécial en matière d’innovation et de start-ups auprès du ministre syrien des Communications et des Technologies de l’information, il continue de contribuer au redressement économique et social du pays. Cela intervient à un moment où la Syrie cherche à reconstruire ses institutions et à s’ouvrir à nouveau au reste du monde, y compris à ses voisins euro-méditerranéens.
Après quatorze années d’une guerre dévastatrice, qui a réduit le PIB de la Syrie à moins de la moitié de son niveau antérieur au conflit, le pays a renouvelé son adhésion à l’UpM en juin 2025 et s’efforce désormais d’élargir sa participation aux cadres euro-méditerranéens qui contribuent à sa reconstruction. Ahmad, aux côtés de nombreux autres responsables et acteurs syriens, participe aux événements de l’UpM depuis l’été 2025. Nous l’avons rencontré en marge de la Conférence de haut niveau de l’UpM sur l’emploi et le travail, qui s’est tenue à Malte à la mi-octobre 2025.

Ahmad Sufian Bayram, au centre, lors d’une table ronde sur la valorisation de la recherche à l’occasion de la Conférence de haut niveau de l’UpM sur l’emploi et le travail, à Malte, le 13 octobre 2025.
Pour lui, comme pour beaucoup de ses compatriotes, le dévouement et la responsabilité sociale sont essentiels à la survie collective. La Syrie s’est trouvée pendant des siècles au carrefour des routes commerciales de la Méditerranée et de la Route de la Soie, nourrissant une solide tradition de commerce, d’artisanat et d’esprit d’entreprise. La guerre a toutefois freiné une grande partie de ce potentiel et dispersé bon nombre d’innovateurs et de chefs d’entreprise du pays. Cette rupture a poussé Ahmad à se tourner vers l’extérieur, à s’inspirer d’autres écosystèmes et à réfléchir à la manière dont ces expériences pourraient, un jour, contribuer au redressement de la Syrie. Il a vu dans la diaspora syrienne une occasion d’accumuler des connaissances et de les cultiver en vue du jour où le pays serait prêt à accueillir à nouveau ses ressortissants.
« L’entrepreneuriat ne se résume pas à créer des entreprises ou des emplois », explique Ahmad. « Il consiste avant tout à identifier les problèmes quotidiens auxquels les gens sont confrontés et à imaginer des solutions concrètes, susceptibles d’être mises en œuvre et déployées à grande échelle. » Cependant, dans les contextes fragiles, ces solutions ne peuvent pas survivre uniquement grâce à la passion ou à l’ingéniosité d’un fondateur, ajoute-t-il. Elles ont besoin d’un écosystème complet : des lois claires, des financements adaptés, des incubateurs, des mentors, des réseaux de confiance et des marchés capables d’absorber l’innovation. Cette vision rejoint les conclusions du deuxième Rapport d’étape de l’UpM sur l’intégration régionale, élaboré en partenariat avec l’OCDE, qui souligne l’importance de soutenir l’entrepreneuriat par le biais de financements, de réformes réglementaires et de mesures de renforcement des capacités.

Ahmad Sufian Bayram, Agenda national syrien pour les start-ups 2026–2030, Damas, 14 avril 2026 (Source : LinkedIn).
Depuis sa prise de fonctions, M. Bayram a contribué à un nombre croissant d’initiatives nationales destinées à renforcer l’écosystème syrien des start-ups. Ce dernier a participé à la préparation du premier Agenda national syrien pour les start-ups 2026–2030, a contribué au lancement de l’Alliance Syrienne des Incubateurs et Accélérateurs et a soutenu l’organisation du Sommet des start-ups syriennes en 2025. Il a également été nommé membre du conseil d’administration de l’Autorité syrienne pour l’excellence et la créativité.
En avril 2026, Startup Syria, l’ONG fondée par Ahmad quelques années plus tôt, a organisé la première Semaine mondiale de l’entrepreneuriat en Syrie, en partenariat avec Sanad Youth et Jusoor. Avec plus de 90 événements répartis dans 22 villes, cet événement a servi de lieu de rencontre pour les fondateurs, les mentors, les institutions et les jeunes innovateurs, signe précoce d’une coordination nationale accrue dans ce domaine.

Ahmad Sufian Bayram lors d’une intervention au séminaire de l’UpM sur l’Entrepreneuriat des réfugiés, au Caire, le 11 décembre 2024.
Le parcours d’Ahmad n’est pas simplement l’histoire d’un entrepreneur passé d’une petite entreprise à l’action publique. Il illustre le passage d’une initiative individuelle à la construction d’écosystèmes dont la Syrie, mais aussi l’ensemble de la région euro-méditerranéenne, ont besoin pour faire de l’entrepreneuriat un véritable moteur de relance économique et sociale.
