Une génération euro-méditerranéenne en devenir : le parcours de Kamilia
Comment les universités euro-méditerranéennes labellisées par l’Union pour la Méditerranée contribuent à former des jeunes porteurs d’une vision commune de la région
Originaire de Rabat, sur la rive sud de la Méditerranée, Kamilia a grandi dans un environnement où l’identité méditerranéenne n’était pas un concept abstrait, mais une réalité quotidienne. Dans sa famille, les langues, les cultures et l’ouverture à l’autre faisaient partie intégrante de l’éducation. L’apprentissage de l’espagnol, très tôt, s’est imposé comme une évidence. Cette familiarité avec l’altérité et ce sentiment d’appartenance à un espace commun ont progressivement façonné son regard sur le monde et orienté ses choix académiques.
Son intérêt pour les relations internationales ne s’est pas construit en un jour. Il s’est renforcé au fil d’expériences concrètes, notamment lors d’une mobilité académique en France. Elle y a suivi une formation organisée par une fondation méditerranéenne d’études stratégiques, à Toulon, premier port militaire d’Europe. « Ce lieu symbolisait parfaitement les enjeux sécuritaires et stratégiques de la Méditerranée », explique-t-elle. Cette immersion, vécue lors de sa dernière année de licence, a marqué un tournant décisif et confirmé son désir de se spécialiser dans les dynamiques euro-méditerranéennes.
Le choix de l’Université euro-méditerranéenne de Fès (UEMF) s’est imposé naturellement. Kamilia y a entamé ses études dès la licence avant d’intégrer un master consacré aux politiques méditerranéennes et africaines, une formation unique au Maroc. Au-delà de l’excellence académique, c’est l’identité même de l’université qui l’a convaincue. « J’y ai retrouvé les valeurs méditerranéennes que mes parents m’ont transmises », souligne-t-elle. Multilinguisme, diversité culturelle et ancrage euro-méditerranéen s’y traduisent concrètement, notamment à travers l’enseignement obligatoire de l’espagnol comme seconde langue étrangère.
La vie de campus a joué un rôle central dans son développement personnel et intellectuel. Avec plus de quarante nationalités représentées parmi les étudiants, l’UEMF offre un environnement d’échange interculturel particulièrement riche. Kamilia y a fondé un club dédié à l’intégration et au dialogue interculturel, proposant des cours de langues et organisant des événements multiculturels. L’un d’eux, initialement conçu pour célébrer le réveillon en petit comité, est devenu au fil du temps une tradition universitaire. « Cela montre l’engagement de l’équipe pédagogique pour que les étudiants internationaux se sentent chez eux, même loin de leur pays », explique-t-elle.
Son ouverture au monde s’est encore renforcée lors d’une université d’été à l’Université euro-méditerranéenne (Université EMUNI), en Slovénie, consacrée au mode de vie et aux connexions méditerranéennes. Pendant dix jours, des étudiants venus de l’ensemble du bassin méditerranéen ont partagé le même espace de vie. Ce qui l’a le plus marquée est la force du dialogue Sud-Sud, la découverte de traditions communes et cette culture du partage qui a fait naître une véritable fraternité entre jeunes du Maroc, d’Égypte, d’Algérie ou de Jordanie.
Ces expériences ont nourri une empathie profonde et une compréhension fine des réalités méditerranéennes. Pour Kamilia, vivre avec l’autre est essentiel pour dépasser les stéréotypes. Elle se souvient notamment de sa colocation avec une étudiante de Guinée-Bissau, qui lui a permis de découvrir une nouvelle culture et d’apprendre quelques notions de portugais. « Ce sont des souvenirs qui restent et qui façonnent durablement notre identité », confie-t-elle.
Encouragée par un encadrement académique attentif et de proximité, elle a choisi de poursuivre en doctorat, approfondissant sa recherche sur la Méditerranée. Ce cheminement l’a ensuite conduite à rejoindre l’Union pour la Méditerranée en tant que stagiaire, une étape qui s’inscrit dans la continuité de son parcours tout en l’ouvrant à une nouvelle réalité. Cette expérience lui permet de mieux comprendre les mécanismes de coopération régionale et de relier recherche académique et action concrète.
À l’issue de son doctorat, Kamilia souhaite contribuer au rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée et œuvrer pour une région plus résiliente et inclusive. Son message aux jeunes générations est clair : la Méditerranée ne se comprend pas uniquement dans les livres. Elle se vit, s’expérimente et se questionne au quotidien. Apprendre les langues, s’ouvrir aux cultures et cultiver un esprit critique sont, selon elle, des clés essentielles pour construire l’avenir d’un espace qui, loin de séparer, unit.
L’Université euro-méditerranéenne de Fès (UEMF) et l’Université euro-méditerranéenne (EMUNI) font partie des établissements d’enseignement supérieur labellisés par l’Union pour la Méditerranée. À travers ce label, l’UpM a contribué à la création d’institutions académiques qui œuvrent activement à la promotion du dialogue interculturel, de la coopération euro-méditerranéenne et à la formation de nouvelles générations, porteuses d’une vision euro-méditerranéenne unique, engagées pour l’avenir de la région.
